Entre revenu insuffisant et besoin de s’occuper, celle que tous appellent «Fanfan» a déniché un emploi, après plus d’un an de recherche. Séduit par la personnalité solaire de la retraitée, le patron du nouveau café Le Culturel l’a embauchée à temps plein.

Maquillage délicat et rire communicatif, elle se décrit volontiers comme «énergétique». Le genre «pipelette» montée sur pile qui ravit les clients du Culturel. Un bistrot fermé quatre ans plus tôt et rouvert en juin, à Hautmont. C’est là où Françoise, 70 ans, a pris place derrière le comptoir. «Je suis en retraite depuis quelques années déjà et me voilà, de retour au travail depuis un mois.» Françoise s’interrompt pour débiter une bière – «les clients d’abord, hein» – s’excuse-t-elle.
Des ménages, un boulot dans une mairie, des contrats en tant qu’ambulancière et salariée dans «six ou sept cafés» entre Maubeuge et Avesnes-sur-Helpe, dans les années 80… «J’ai commencé à travailler à 16 ans et demi, reprend la serveuse, déjà surnommée «Fanfan». Je me suis seulement arrêtée aux naissances de mes trois enfants. Pourtant, avec ma petite retraite, j’ai commencé à galérer avec tout ce que j’avais à payer. C’est simple, tous les mois, j’étais à découvert, soupire celle qui est originaire d’Hautmont. Et puis, il y a eu de «l’ennui», aussi. «J’en avais marre de rester chez moi, entre quatre murs.»
«Au culot»
Pendant environ un an, Françoise a alors cherché un emploi. Et voilà que, de refus en absences de réponse, elle est tombée sur un article relatant l’ouverture prochaine du café. «J’ai envoyé une candidature, au culot, sur Facebook.» Bingo ! En contrat depuis un mois, «Fanfan» assure désormais un temps plein «avec joie», malgré deux prothèses aux genoux.
Une personnalité «atypique» qui, au-delà de la motivation, a séduit Olivier Spillebout. «Avec son petit côté iconique, Fanfan correspond bien à l’esprit que je voulais donner au café, sourit le patron du Culturel. Dans un bistrot, il faut savoir raconter des histoires. C’est un lieu social par excellence et elle se prête au jeu. On peut parler et plaisanter de tout avec elle. J’ai eu de la chance de la trouver.»
Dans une étude publiée l’année dernière à partir de chiffres de 2019, l’INSEE (Institution national de la statistique et des études économiques) expliquait que 29,8% des 55-70 ans étaient en emploi, dans les Hauts-de-France. Le taux le plus faible de France métropolitaine. À l’image de «Fanfan», 14 000 seniors ont, eux, un job tout en étant retraités. Un nombre qui, toujours selon l’Institut, est en hausse de plus de 70% entre 2008 et 2019.
Louise Martel pour la Voix du Nord du 11 juillet 2024

