Je n’ai jamais eu pour habitude de parler du paysage politique hautmontois, ni sur le site du café Le Culturel, ni sur ses réseaux sociaux créés début 2024, bien avant la réouverture de ce lieu emblématique d’Hautmont qu’est le Café Le Culturel. Si je prends la parole aujourd’hui, c’est parce que j’ai pris une décision difficile : renoncer temporairement à ce projet auquel je croyais profondément.
Le Café Le Culturel était fermé depuis près de cinq ans. Il était voué à disparaître. J’ai voulu le faire revivre. Depuis la réouverture en juin 2024, je n’ai pas ménagé ma peine pour faire vivre le lieu, y accueillir des artistes, certains de l’Avesnois, d’autres venus de plus loin. Des artistes confirmés et reconnus, mais aussi de jeunes talents pour qui c’était parfois une première expérience. C’est cela, le soutien à la culture : permettre à de jeunes artistes d’exposer pour la première fois, mais aussi amener des artistes confirmés à découvrir un territoire, et offrir aux habitants un accès à la richesse de la création régionale, voire nationale.
C’est ce que je porte depuis plus de trente ans à la Maison de la Photographie de Lille et au festival Transphotographiques. C’est ce que j’ai voulu offrir à l’Avesnois. De la commande photographique de Jérémy Lempin autour des familles hautmontoises à la résidence artistique de Victorine Alisse chez les agriculteurs de l’Avesnois, jusqu’à la première exposition de Lydéric Bernard, photographe du territoire. Une dizaine d’expositions en moins de deux ans, des concerts, des performances théâtrales, des rencontres littéraires. En parallèle, je veillais à ce que la Maison de la Photographie intervienne, déjà depuis plusieurs années, dans les centres sociaux d’Hautmont et au lycée Placide Courtois, auprès des enfants et des jeunes, comme elle le fait dans les six arrondissements du département du Nord pour sensibiliser à la photographie et à l’art.
Le Culturel n’était pas un caprice. C’était une continuité. Un engagement cohérent autour de la culture et du vivre ensemble, dans un territoire en difficulté de mon département. Si je me suis lancé dans cette aventure risquée, c’était parce que je pensais bénéficier naturellement d’un minimum de respect institutionnel et de reconnaissance de l’intérêt collectif du projet. J’ai invité le maire à chaque vernissage. Il n’est jamais venu. Il ne s’est jamais fait représenter. Il ne s’est jamais excusé. Pas un mot d’encouragement, pas un relais, pas un soutien. Dans une ville, un café culturel situé place de la mairie devrait être une fierté. Le Maire devrait y faire ses réunions, y amener ses invités, encourager des artistes à y exposer. À Hautmont, il est devenu au contraire un objet d’hostilité silencieuse. Cela a eu forcément des répercussions sur l’activité du Culturel, qui, après des débuts encourageants, s’est vue pénalisée par une ostracisation injustifiée.
Je l’ai accepté longtemps. Je me suis tu. Je pensais que le soutien sincère des habitants compenserait l’absence de soutien municipal. Et il y a eu, il faut le dire, beaucoup de bienveillance et d’encouragements de la part des Hautmontois. Mais la situation a changé lorsque l’indifférence s’est transformée en entrave. En novembre 2025, j’ai programmé l’exposition de Lydéric Bernard. Un photographe connu et apprécié à Hautmont, dont c’était la première exposition, chez lui, devant sa famille et ses amis. Des pressions ont été exercées sur lui pour empêcher cet événement. Tentatives de dissuasion, intimidations, hostilité affichée. Exposer au Culturel devenait, semble-t-il, une provocation. Nous avons maintenu l’exposition, mais j’ai compris ce jour-là qu’il ne s’agissait plus simplement d’indifférence.
Je ne suis pas naïf. Je sais que la politique locale peut être complexe. Oui, j’ai noué une amitié avec Quentin Mabille. Oui, je respecte son engagement. Jamais il ne m’a demandé le moindre soutien politique. Faire d’une relation personnelle un motif d’hostilité institutionnelle est indigne de la fonction. Un maire n’est pas obligé d’aimer tous les porteurs de projets. Mais il a le devoir de soutenir les initiatives utiles à sa ville, ou à tout le moins de ne pas leur nuire.
Dans le même temps, partout en France, les cafés ferment. En janvier 2026, le Président de la République annonçait vouloir demander l’inscription des cafés et bistrots de France au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, reconnaissant ainsi leur rôle essentiel dans la transmission et la sociabilité. Dans la presse nationale et régionale, des études rappellent que la France a perdu des milliers de bars-tabacs en vingt ans et que cette disparition contribue à un sentiment d’abandon dans les territoires. Je ne porterai pas ici de jugement partisan, mais je constate que dans l’Avesnois les deux députés RN ont été élus au premier tour. Je constate aussi que les cafés ferment, et qu’à Hautmont il n’en restait que deux avant la réouverture du Culturel. Je pense en particulier à La Paix, et à Gilles, le patron, qui m’a si bien accueilli à Hautmont et toujours bien conseillé.
Réouvrir un café fermé depuis cinq ans est difficile. Le faire vivre sans tabac ni Française des Jeux est encore plus exigeant. Porter un projet culturel dans un territoire où les habitudes ont évolué demande du temps, de la patience et de l’énergie. C’était un choix assumé. Mais un tel choix devrait être soutenu, protégé, encouragé par les responsables publics, et en premier lieu par le maire.
Cette ville a besoin d’apaisement. Elle a besoin d’énergie positive, de projets, d’envie. Pas de conflits supplémentaires qui découragent et font fuir celles et ceux qui s’engagent pour elle. Les porteurs de beaux projets devraient être soutenus, accompagnés, encouragés. Pas fragilisés.
Je pense aussi à Clément Garnier et à l’association Clap. J’ai lu récemment dans la presse les difficultés qu’il traverse. Je sais qu’il n’invente rien. Je sais ce que cela représente de porter un projet culturel sur un territoire, d’y investir du temps, de l’argent, de l’enthousiasme… et de se heurter à des obstacles qui n’ont rien à voir avec la culture. Clément est une chance pour Hautmont. Comme tous ceux qui choisissent de créer, d’animer, de faire vivre la ville.
Une ville qui décourage ses forces vives se fragilise elle-même. Une ville qui soutient ses talents grandit. Hautmont mérite d’encourager ceux qui font. Pas de les harceler.
Un café n’est pas un commerce ordinaire. C’est un lieu de rencontre, d’humanité, un espace neutre où l’on peut entrer sans condition. Lorsqu’il disparaît, ce n’est pas seulement une enseigne qui s’éteint, c’est une part du lien social qui s’affaiblit. J’ai voulu croire que Hautmont mesurerait cette importance. Je constate aujourd’hui que le climat d’hostilité institutionnelle rend ce projet fragile au point de le rendre impossible.
Il est donc sage de suspendre l’activité du culturel, en le fermant pour le moment, dans l’attente de jours meilleurs. Je le fais avec tristesse, mais aussi avec la certitude d’avoir tenté quelque chose d’utile pour cette ville. Le Culturel aura prouvé qu’un café peut redevenir un lieu d’effervescence, d’expositions, de concerts, de rencontres et d’espoir. Il appartiendra à chacun, élus compris, de mesurer ce que signifie la disparition d’un tel lieu. Un café qui ferme n’est jamais un détail. C’est toujours un signal. Espérons qu’il soit entendu.







« Le Culturel, ça peut être un bout de réponse à un projet de société et à un projet de vivre ensemble.
Donc, je viens dire à Olivier, à l’équipe et à ses proches qu’on leur souhaite bonne route et que pour leur souhaiter bonne route, en sortant d’ici, vous devenez sans le vouloir ambassadeur et que si vous dites en rentrant chez vous à Hautmont, à Jeumont, à Maubeuge,à Lille ou à Bormes-les-Mimosas, il faut passer par le Culturel à Hautmont, vous ferez un bout de chemin pour Olivier et pour le territoire.
Merci à vous et bravo. »
Benjamin Saint-Huile

