Le projet « Les Amis du Culturel », initié par Olivier Spillebout à Hautmont, s’inscrit dans une démarche à la fois artistique et sociale. Depuis 2024, il photographie les visiteurs du café Le Culturel, un lieu emblématique récemment rouvert, en les immortalisant devant sa grande fenêtre. Loin d’être un simple exercice de portrait, ce projet documente l’âme d’un lieu et de ses habitués, capturant ainsi l’identité collective et individuelle de ceux qui font vivre cet espace.
Une approche universelle de la photographie sociale
Le travail d’Olivier Spillebout trouve des échos dans d’autres projets menés en France et à l’international, où des photographes ont choisi de mettre en lumière les habitants d’un territoire par des portraits.
- JR et « Inside Out » : Le célèbre artiste français JR a réalisé des portraits grand format de citoyens anonymes à travers le monde, affichant leurs visages en noir et blanc sur les murs de leurs villes et villages. En 2014, il a notamment travaillé sur le projet « Unframed » à Marseille, en mettant en valeur les habitants du quartier populaire de la Belle de Mai.
- Raymond Depardon et « La France de Raymond Depardon » : Entre 2004 et 2010, Depardon a sillonné la France pour capturer des scènes du quotidien dans de petites villes et villages, offrant une vision intime et poétique des territoires en mutation.
- Rena Effendi et son projet sur les villages du Caucase : La photographe azérie a documenté la vie des habitants des régions reculées du Caucase, mettant en avant leurs visages marqués par l’histoire et le passage du temps.
- Richard Renaldi et son projet « Touching Strangers » : Aux États-Unis, Renaldi a invité des inconnus à poser ensemble comme s’ils étaient proches, créant des portraits puissants qui illustrent les liens humains et la diversité sociale.
- August Sander : Photographe allemand, Sander a entrepris le projet monumental « Hommes du XXe siècle », une série de 619 photographies réalisées entre 1892 et 1954. Son œuvre vise à classifier la société allemande en diverses typologies, capturant des individus tels que des paysans, des professionnels, des femmes, des artistes et des marginalisés, chacun étant représenté avec des attributs définissant leur rôle social.
- Louis Stettner : Dans les années 1950, Stettner a photographié les navetteurs de New York, capturant l’essence de la vie quotidienne des Américains ordinaires plongés dans leurs journaux sur des trains bondés. Son travail offre une vision empathique de la routine urbaine, mettant en lumière les moments intimes des passagers dans l’agitation de la ville.
- Guillaume Blot : Photographe français, Blot a entrepris une série intitulée « Rades » qui capture l’essence des bistrots français. Depuis 2019, il parcourt la France pour photographier ces lieux emblématiques, mettant en lumière les espaces et les interactions qui rendent ces cafés uniques. Son travail souligne l’importance socioculturelle des bistrots et leur rôle en tant que lieux de rencontre et de convivialité.
- Paul Graham : En 2004, le photographe britannique Paul Graham a réalisé une série de portraits intitulée « Sightless » sur la 42e Rue de New York. Ces photographies montrent des passants les yeux fermés, perdus dans leurs pensées, offrant une perspective introspective sur la vie urbaine avant l’ère des smartphones.
Ces projets ont en commun une valorisation des individus à travers l’image, une mise en avant de la diversité et une réflexion sur l’identité collective. Olivier Spillebout, en toute humilité, ne se positionne pas au même niveau que les photographes de renom qui ont marqué l’histoire du portrait documentaire. Son initiative s’inscrit toutefois dans une tradition qui a vu de nombreux artistes explorer les liens entre les habitants et leur territoire à travers la photographie.
Si Olivier Spillebout ne prétend pas rivaliser avec ces photographes, son parcours en tant que fondateur de la Maison de la Photographie de Lille et du festival Transphotographiques l’a amené à connaître et à exposer ce type de projets. Ces expériences ont nourri sa sensibilité pour la photographie comme outil de rencontre et de mémoire collective, et ont inspiré sa démarche à Hautmont.

Un impact majeur sur la Sambre-Avesnois et la ville d’Hautmont
Dans le contexte de la Sambre-Avesnois, région marquée par un passé industriel fort et une transformation économique en cours, le projet « Les Amis du Culturel » a une portée culturelle et sociale essentielle. Aussi la réouverture du café Le Culturel s’inscrit dans une dynamique de revitalisation urbaine et culturelle. Ce lieu devient un point de rencontre où les habitants peuvent se reconnaître, échanger et se valoriser à travers la photographie. Ce type d’initiative contribue à renforcer l’attractivité du centre-ville, un enjeu majeur pour une ville comme Hautmont.
On parle aussi d’une valorisation des habitants et de leur identité, car les portraits réalisés par Olivier Spillebout participent à une mise en lumière des visages et des histoires qui composent la ville. Dans un territoire souvent perçu comme en difficulté, ce projet contribue à redonner de la fierté aux habitants, en les plaçant au cœur d’une démarche artistique.
En constituant une archive vivante des habitants de Hautmont et de ses visiteurs, « Les Amis du Culturel » devient un témoignage de l’évolution sociale de la ville. Cette collection de portraits offre une trace historique et humaine précieuse pour le territoire.
La photographie sort des galeries pour s’ancrer dans la vie quotidienne des habitants. Ce projet favorise l’accessibilité de l’art, en montrant que chacun peut être un sujet digne d’attention et de valorisation.

Un projet inspirant pour d’autres territoires
L’initiative d’Olivier Spillebout pourrait être étendue à d’autres communes de la Sambre-Avesnois ou inspirer d’autres photographes à documenter la vie locale. Comme l’a fait par exemple le photographe Jérémy Lempin lors d’une commande photographique de la Maison Photo à Hautmont également pendant l’année 2023. En donnant un visage humain aux territoires souvent oubliés des grands circuits culturels, ces démarches participent à une réhabilitation symbolique et affective de ces lieux.
En somme, « Les Amis du Culturel » n’est pas simplement une série de portraits, c’est un projet qui crée du lien, donne une visibilité aux habitants et renforce l’identité culturelle d’un territoire. En inscrivant Hautmont dans cette tradition de la photographie documentaire et sociale, ce projet contribue à changer le regard porté sur la ville et sur ses habitants, tout en inscrivant la photographie comme un véritable outil de transformation sociale.
Paul, Étudiant en histoire de l’art

Pour s’inscrire au projet et se faire photographier (gratuitement), merci de remplir le formulaire ici : https://forms.gle/Sb7z99JqCmRsaMkZ9

