
À Hautmont, dans la région du Val de Sambre, Jean-Marie Muny Président de la Fédération Française du Jeu de Paume depuis 1990, témoigne d’une carrière ponctuée par d’heureuses manifestations sportives, en France et à l’étranger, ce qui lui vaut d’avoir fait deux fois le tour de la Terre. À la retraite depuis plus de dix ans, il continue à faire vivre les traditions locales et la mémoire d’un sport vieux de plus de 2 millénaires.
Une enfance hautmontoise
Derrière la façade d’une maison de rue à Hautmont, vit Jean-Marie Muny, heureux retraité qui n’a pas pour autant raccroché sa casquette de président de la Fédération Française du Jeu de Paume. À côté de la véranda, où se joue un rythme de musique latine, son bureau témoigne de 40 années à faire vivre la passion et la tradition du Jeu de Paume en France et à l’étranger. Jean-Marie Muny naît en plein “Baby-boom”, à l’époque Hautmont est surnommée “la ville aux cent cheminées” en raison de son activité industrielle, la plupart de ses habitants sont ouvriers. À sept ans, son père l’emmène aux matchs de jeu de paume qui se dispute devant 300 à 400 spectateurs, à l’époque : “Il n’y avait pas d’équipe jeune, les gens jouaient en espérant que ça allait se perpétuer naturellement.” C’est ainsi qu’inévitablement, que le petit Jean-Marie trace des lignes avec ses copains et joue dans les rues de la ville.

Une vie dédiée au sport et à la musique
Dès son adolescence, il travaille plusieurs années aux côtés de son père, artisan couvreur. Après l’armée, il se consacre à son second amour : la batterie. Il joue dans un orchestre qui reprend des titres des Beatles ou des Shadows et fait des des « boums », il ira même jusqu’à jouer aux côtés de Pierre Perin, en 1969. Puis il saisit l’occasion de devenir surveillant de baignade, éclectique, Jean-Marie se dit : “Bon dans tous les sports”. Sur son temps libre, il apprend les différentes nages et pratique le tennis. À l’époque, personne ne se doute que l’industrie de la Sambre va bientôt être délocalisée et que la région va perdre sa principale source d’activité. Il prend pourtant le risque de quitter son poste dans un bureau d’achat pour passer le concours de maître nageur, et le réussit du premier coup ! À force de formations et de concours, il prend la direction d’une piscine, et bientôt celle des sports à la Mairie de Maubeuge.
Président de la Fédération Française du Jeu de Paume
En 1983 lorsque Jean-Marie Muny rechausse le gant, le Jeu de Paume n’existe presque plus à Hautmont. Il relance le club avec l’aide de Carol Dubois et son frère Charly. Les matchs ne se tiennent que durant l’été. En hiver, la balle devient trop froide, et entraîne le risque de se casser la main. Ainsi, la saison débute officiellement le premier mai et se termine fin septembre. Mais les joueurs partaient pendant l’hiver, notamment jouer au Football qui devient un véritable phénomène de mode en France dans les années 90. Alors, la fédération fait venir des joueurs irlandais qui pratiquent une variante du Jeu de Paume : le « One-wall ». Variante qui se joue face à un mur, avec des gants en peau à un contre un ou deux contre deux. La saison ne connaît plus d’interruption.

« La Coupe de France, c’est un objet d’art, qui fait 37 kg, tout en bronze. Pour moi c’est la plus belle coupe de France qui existe ».
Jean-Marie Muny


Les cafés, organes vitaux des villes de l’Avesnois
Jean-Marie se souvient de la citerne dans la cave du café « Le Culturel » qui sert alors de vestiaire aux joueurs dans les années 1990. À la mi-temps un pot y était pris, puis un autre à la fin du match, et si son issue s’avérait heureuse pour les joueurs de Hautmont, on en prenait un second ! La place des cafés était alors fondamentale pour la région à l’époque des Trente Glorieuses, où « il y avait du boulot pour tout le monde » se rappelle Jean-Marie. Son père artisan couvreur ne faisait pas de publicité, car « beaucoup d’affaires étaient traitées dans les cafés ». Le dimanche les ouvriers en congés, allaient de bistrots en bistrots pour boire des coup, jouer aux cartes et aux quilles. A l’époque ces derniers soumissionnent pour avoir les locaux des clubs sportifs. En 1983, il y a alors trois cafés sur la place d’Hautmont, chacun glisse une somme dans une enveloppe, celui qui mise le plus devient le chanceux hébergeur du club local pendant une année. Le club du Jeu de Paume s’établit pendant plus de dix ans chez les Tassan, Evelyne et Michel Tassan, les patrons du café “Le Culturel” de 1974 à 2002.


Témoin du glorieux passé de la région, Jean-Marie se remémore avec plaisir le temps où les équipes de quartiers se déplaçaient en vélo pour aller rencontrer les équipes voisines dans la région. Aujourd’hui, le Jeu de Paume accuse des effectifs en baisse. La Belgique compte encore 6 000 licenciés à l’heure actuelle, à Hautmont, il n’en reste plus qu’une trentaine. Des portes de Lille aux portes d’Anvers, en passant par Bruxelle jusqu’à Liège, le Jeu de Paume était le roi de la région, aujourd’hui il a du mal à séduire de nouveaux pratiquants et à trouver de nouvelles subventions, pour continuer d’honorer un sport et plus encore, une tradition vieille de 2424 ans.

En haut : Dominique Muny, Laurent Paindavoine, Henri Brunet
En bas : Robert Sarcy, Serge Louis, Jean-Marie Muny
Reportage de Carla Gaultier Bruxelle.
Interview de Jean-Marie Muny dans l’émission « Salut les Hauts-de-France sur Wéo TV

